Le Cameroun, pour la huitième fois, joue un match d’élimination directe contre un pays organisateur. La rencontre a lieu à Rabat au Maroc vendredi prochain. Ce seront les quarts de finale de l’actuelle Coupe d’Afrique des nations, CAN. Elle est aussi le révélateur de l’entraineur David Pagou.
Lire le texte du journaliste de la Crtv Télesphore Mba Bizo :
Du David Pagou transcrit en ballon
Le « pagouisme » est un mot nouveau. Canal Plus, réseau de chaînes de télévision, en est l’auteur. Il diffuse la pépite linguistique en question pendant le match entre l’Afrique du Sud et le Cameroun. Le « pagouisme » est une philosophie de jeu. Elle est celle de David Pagou. C’est un professeur d’éducation physique et sportive. Il s’est spécialisé dans le football avec, à la clé, des stages de haut niveau à l’international. Nul ne l’attend à la tête de l’encadrement technique des Lions indomptables du Cameroun à trois semaines du début de la Coupe d’Afrique.
Le score de parité en match amical et préparatoire n’est pas enchanteur face à une équipe marocaine de seconde zone. Les mauvaises langues lui prédisent le naufrage. Le cours de la compétition tisse des couronnes à David Pagou. Le défi contre le Maroc est perçu comme un effet de surprise. Le duel contre la Côte d’Ivoire confirme une sorte de renaissance. David Pagou ressuscite un esprit combatif avec des bouts de ficelle. La troisième sortie face au Mozambique livre une copie qui raconte la même belle histoire : celle d’un onze fanion en réconciliation avec le beau jeu. L’élimination des Sud-Africains intervient comme le coup d’éclat d’une identité de football retrouvée.
Passerelle entre « pagouisme » et « guardiolisme »
Le « pagouisme » voit ainsi le jour. Cette philosophie de jeu est celle du football champagne. Les observateurs la rapprochent du « guardiolisme ». Le système est de Pep Guardiola, entraîneur espagnol de légende. Il est capable de transformer une équipe en machine collective. Chaque action est à la fois pensée, mesurée et audacieuse. Sa force réside dans la synthèse de l’intelligence tactique, de la précision technique et de la fluidité offensive.
Pep Guardiola impose un contrôle du ballon quasi absolu, favorise la mobilité constante des joueurs et exige des transitions rapides entre attaque et défense. Ses équipes dictent le rythme du match, anticipent les mouvements adverses et exploitent chaque espace disponible avec une rigueur presque mathématique. Le « guardiolisme » repose sur une culture du collectif. Le leadership ne se réduit pas au capitaine. Il se diffuse en chaque joueur qui devient capable de lire le jeu et d’adapter ses déplacements.
Le beau jeu « guardiolesque» précède sa réputation
Les équipes dirigées par David Pagou jouaient déjà ainsi au niveau national. Il ne fait donc que dupliquer ce qu’il sait faire. David Pagou bénéficie d’un confort de travail enviable. Les autres membres de l’encadrement technique l’accompagnent. Des conflits comme les maillots séquestrés lui sont évités. Il ne subit aucun déchirement entre la tutelle et la fédération.
Le ministère des Sports et de l’Éducation physique respecte et conforte son plan de travail. La Fédération camerounaise de football, Fecafoot, a le mérite de nationaliser la fonction d’entraineur avec Rigobert Song. L’arrivée de David Pagou est la preuve que le Cameroun héberge des compétences.
Pagou a besoin d’être « installé » comme sélectionneur avec les honneurs requis
Instaurer un principe de préférence nationale à ce poste de travail est envisageable. Il faut surtout aussi en envisager la rémunération avec des clauses financières qui rendraient leur bénéficiaire peu influençable devant des joueurs professionnels et d’autres formes de tentative de corruption. Le fidéliser ou le titulariser au poste de travail de sélectionneur dans des délais raisonnables participe du bon sens.
Un mandat conséquent à la tête de l’équipe nationale peut aider. Les compatriotes en sont encore au stade de l’euphorie. Ils n’aiment que les victoires. Même son prédécesseur avait commencé avec des victoires encore plus fleuves dites de la chance des débutants. Mais il a terminé son parcours sur les rotules, vraiment à genoux, avec des supporteurs bipolaires. La foule des fous de foot est capable du meilleur comme du pire.


