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« Si les chefs d’État ne se lèvent pas pour protéger le patrimoine de la Can, elle mourra »

« Si les chefs d’État ne se lèvent pas pour protéger le patrimoine de la Can, elle mourra »

La Can 2025 au Maroc a refermé ses portes. Si le royaume chérifien a réussi le pari de l’organisation et des infrastructures, le bilan global de cette édition laisse un goût de cendre. Entre dérive administrative, arbitrage sous influence et menaces sur l’identité même du football africain, cette compétition fera date, mais pas forcément pour les raisons espérées.

Lire l’analyse bilan de Jean-Claude Mbede Fouda, Senior Journaliste :

 

Une Organisation d’Exception, un Engouement Contraint

Il faut le dire d’emblée : le Maroc a offert au continent une vitrine étincelante. Des stades aux normes mondiales, une logistique huilée et un accueil fraternel ont confirmé que ce pays du Maghreb se veut le plus inclusif, le plus ouvert vers son flanc sud. Pourtant, cette « fête » a manqué de peuple.

Le paradoxe est frappant : alors que le Maroc se présentait comme le pont entre la Méditerranée et l’Afrique subsaharienne, les coûts de voyage prohibitifs et les barrières administratives des visas ont filtré la passion. Une CAN « européanisée » dans ses tarifs, privant le tournoi de cette ferveur populaire qui fait l’âme du football africain.

La Faillite Sportive et le Spectacle de la Pluie

Au plan technique, le passage à 24 équipes continue de diluer le niveau. La densité physique a remplacé le génie créatif, offrant une compétition au niveau technique moyen. Mais le plus grand désaveu est venu du ciel.

On nous avait vendu le report de la CAN pour éviter les intempéries tropicales. Or, le Maroc 2025 s’est joué sous des déluges torrentiels du début à la fin. Ce dérèglement du calendrier, hérité de l’ère post-Hayatou, prouve que l’argument climatique n’était qu’un prétexte. Aujourd’hui, la CAN n’a plus de date fixe, elle flotte au gré des intérêts extérieurs.

Le Crime de la Périodicité : Vers une CAN tous les 4 ans ?

C’est ici que le bât blesse le plus. Sous l’emprise totale de la FIFA, la CAF semble acter la fin de la biennalité. Passer à une CAN tous les quatre ans, c’est priver l’Afrique de sa respiration vitale pour satisfaire les agendas européens.

Où sont passées les voix fortes ? Celles des stars d’hier, aujourd’hui « missionnaires » grassement rémunérés par une CAF qu’ils critiquaient autrefois ? Le mutisme est général. Même au Cameroun, où le président de la fédération — artisan de la chute d’Issa Hayatou — portait de grands espoirs, le silence est de mise, lesté par des casseroles éthiques qui musèlent toute velléité de contestation face à l’instance faîtière. Si les chefs d’État et la diaspora ne se lèvent pas pour protéger ce patrimoine, la CAN mourra de sa propre soumission.

L’Arbitrage : Le Poison du « Coups de Pouce »

L’arbitrage de la finale a cristallisé tous les malaises. Certes, le « coup de pouce » au pays hôte est une vieille tradition africaine (Cameroun, Tunisie, Algérie, Guinée Équatoriale en ont bénéficié par le passé, seule la Côte d’Ivoire en 2024 ayant eu le courage de gagner sans aide). Mais au Maroc, l’ultra-médiatisation et les réseaux sociaux ont rendu ces erreurs insupportables.

Sur la finale, le penalty à la 96ème minute est, techniquement, indiscutable selon les lois du jeu. Mais la psychologie du sport exigeait de l’équilibre. Refuser un but au Sénégal à la 93ème pour siffler un penalty litigieux dans la foulée est une faute politique et humaine. L’arbitre a manqué de la maturité nécessaire pour laisser le terrain décider en prolongations.

Le Bilan : Un Peuple Meurtri, un Football à la Dérive

Le grand perdant est double:

 * La CAF, qui a étalé son incapacité à gérer sa compétition phare de manière souveraine.

 * Le Peuple Marocain, qui, après des investissements colossaux, voit l’image de son tournoi ternie par la polémique et repart sans le trophée.

Le football africain paie aujourd’hui le prix du « putsch » contre Issa Hayatou. Ceux qui ont précipité la chute du vieux lion pour installer un cartel de « businessmen » portent une responsabilité morale immense. En dénaturant la CAN, ils commettent un crime contre l’identité culturelle du continent. Les ancêtres, eux, ne pardonneront pas cette descente aux enfers.

 

 

 

 

 

Written by David Essomba

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