« Samedi 30 Septembre 2000, il est minuit 15 à Douala lorsque commence la finale de football des Jeux Olympiques de Sydney. C’est un évènement grandiose pour les supporters des Lions Indomptables du Cameroun. Trois jours plus tôt, les camerounais se sont qualifiés pour la finale de la deuxième plus grande compétition de sport au monde, en battant le Chili 2-1. En finale, ils espèrent rééditer l’exploit du Nigeria à Atlanta 96, qui était la première nation africaine à remporter la médaille d’or en football », explique le Dr Claude Kana.
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Le début de match est cauchemardesque pour les Lions Indomptables. Les catastrophes s’enchainent. A peine l’écho du coup d’envoi entre le Cameroun et l’Espagne était dissipé que l’Espagne bénéficiait d’un pénalty. Carlos Kameni, à peine 16 ans, devenu titulaire depuis le quart de finale contre le Brésil l’arrête à sec. Mais quelques minutes plus tard, Xavi Hernandez ouvre le score sur coup franc. Avant la mi-temps, sur un mauvais alignement de la défense camerounaise, l’Espagne marque le deuxième but. La mi-temps intervient sur le score de 2-0.
L’Equipe camerounaise qui, depuis les quarts de finale semblait bénie et esquivait tous les obstacles comme un funambule est mal barrée cette fois-ci. Les carottes semblent cuites. Certains supporters profitent de la mi-temps pour aller dormir. Et c’est là que le coup de grâce tombe : Coupure d’électricité à Douala. A l’époque, c’est encore AES Sonel, mais Eneo-Sonel, bonnet blanc, blanc-bonnet. On est nés pour subir et on subit depuis la nuit des temps. C’est la panique totale. On ne sait pas comment faire pour suivre la deuxième mi-temps.
A la lumière de la bougie, on fouille un vieux transistor qu’on avait à la maison. Pas de bol, les piles sont usées. Direction la boutique la plus proche du quartier pour acheter des piles. A cette heure de la nuit, la quasi-totalité des boutiques sont fermées, à notre grand désarroi. On finit par trouver les piles. L’opération a duré une éternité. Retour à la maison. Et pendant qu’on tripote encore la radio, la lumière revient.
Pile au moment où on rallume la télé, Samuel Eto’o marque. On va au balcon jubiler. On pense que c’est la réduction du score. Lorsqu’on revient devant la télé, le score est affiché : 2-2. On est au bord de l’extase et on jubile à nouveau. Pendant la coupure, Patrick Mboma avait poussé Amaya à la faute, qui avait marqué contre son camp.
Sur le terrain, le match a basculé. L’Espagne n’a plus la même sérénité. Pour ne rien arranger, José Maria, pour avoir plongé grossièrement dans la surface de réparation du Cameroun prend un deuxième carton jaune, synonyme d’expulsion. Daniel Ngom Komé, l’homme des petits espaces martyrise les espagnols.
Dieu seul sait comment les espagnols ont fini les prolongations sans encaisser le troisième but. Aux tirs aux buts, vous connaissez la suite. Mboma, Lauren, Geremi, Eto’o et Womé assurent sans trembler. Amaya, déjà impliqué sur le premier but du Cameroun rate son tir et envoie le Cameroun au sommet de l’Olympe.
Après le tir au but victorieux de Pierre Womé Nlend, je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est à Douala. Toujours est-il que tout le monde se retrouve dans la rue pour festoyer. Ça claxonne de partout. Ça hurle. Certains chauffeurs trainent dans leur sillage des fûts, des poubelles. Les enfants tapent dans les couvercles des marmites et des assiettes. En fin de matinée, on se retrouve encore entre potes pour faire le débrief. Pendant 48 heures, on n’a pas dormi. Quelle nuit mémorable !


