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Local ou expatrié, qui mérite les Lions Indomptables ?

Local ou expatrié, qui mérite les Lions Indomptables ?

La question du choix d’un sélectionneur national continue d’alimenter les débats au Cameroun. Derrière l’opposition apparente entre technicien local et entraîneur expatrié se cache en réalité une problématique plus profonde : celle de la souveraineté sportive, de la valorisation des compétences nationales et de la cohérence institutionnelle.

Récemment, Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise de football, a ravivé une polémique ancienne à l’occasion d’une sortie publique. Sans le nommer frontalement, il est revenu sur le dossier Marc Brys, dont la nomination, imposée par le ministère des Sports il y a deux ans, avait provoqué une crise ouverte entre l’instance faîtière du football et l’autorité gouvernementale.

À travers ses propos, Eto’o ne s’attaque pas seulement à un homme, mais à une logique. Celle qui consiste, selon lui, à investir des moyens financiers conséquents dans des techniciens étrangers dont les résultats ne justifieraient pas toujours le coût, alors que le pays regorge d’entraîneurs compétents, formés et imprégnés des réalités locales. Le message est clair : pourquoi chercher ailleurs ce qui existe déjà chez soi ?

Ce plaidoyer en faveur des techniciens nationaux a trouvé un écho particulier avec la récente prolongation du contrat de David Pagou. Malgré l’élimination du Cameroun en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 face au Équipe du Maroc de football, le président de la FECAFOOT s’est montré élogieux. Il met en avant une équipe plus intense, plus engagée, retrouvant ce mordant qui a longtemps fait l’identité des Lions Indomptables.

Ce positionnement relance toutefois un débat sensible. La compétence d’un entraîneur se mesure-t-elle à sa nationalité ? L’expérience internationale et l’ouverture tactique qu’apportent certains expatriés ne constituent-elles pas également une richesse ? À l’inverse, un technicien local ne bénéficie-t-il pas d’une meilleure connaissance du vivier, du contexte culturel et de la psychologie des joueurs ?

Au-delà des personnes, c’est la gouvernance du football camerounais qui est en jeu. L’épisode Brys avait révélé un dysfonctionnement institutionnel majeur : l’absence d’alignement entre le ministère et la fédération. Or, la stabilité technique est un facteur clé de performance. Imposer un sélectionneur contre l’avis de l’instance dirigeante fragilise d’emblée son autorité et complique son travail.

L’argument financier, lui, mérite d’être examiné sans passion. Oui, certains contrats d’expatriés pèsent lourd sur les budgets. Mais la vraie question reste celle du rendement : quels objectifs sont fixés, quels moyens sont accordés, et quels résultats sont obtenus ?

En défendant David Pagou, Samuel Eto’o semble vouloir tracer une ligne directrice : bâtir un projet autour de compétences nationales, avec patience et continuité. Reste à savoir si cette vision s’inscrira dans la durée et si elle produira des résultats tangibles sur la scène continentale.

Car au final, qu’il soit local ou expatrié, le sélectionneur des Lions Indomptables sera jugé sur une seule chose : sa capacité à gagner et à redonner au Cameroun sa place au sommet du football africain.

Written by David Essomba

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