La récente sortie de Samuel Eto’o sur la question des entraîneurs étrangers versus locaux à la tête des sélections nationales a remis sur la table un débat aussi vieux que le football africain lui-même. En défendant la prolongation de David Pagou et en fustigeant implicitement le choix de Marc Brys, le président de la Fecafoot a touché un point sensible. Mais derrière cette opposition binaire se cache une réalité bien plus complexe que le simple clivage nationalité-compétence.
Le piège du nationalisme footballistique
Il est tentant de céder au discours identitaire. Oui, il est légitime de vouloir voir des techniciens locaux diriger leurs propres sélections. Oui, la valorisation des compétences camerounaises est un objectif noble. Mais ériger la nationalité en critère principal de sélection, c’est confondre symbole et efficacité. Le football de haut niveau ne se joue pas sur les bonnes intentions, mais sur les résultats et la qualité du projet sportif.
Lorsque Eto’o met en avant le « mordant retrouvé » des Lions Indomptables sous Pagou, il occulte l’essentiel : l’équipe s’est arrêtée en quarts de finale. Une élimination honorable certes, mais qui ne justifie pas forcément l’euphorie affichée. À l’inverse, critiquer Marc Brys uniquement parce qu’il est belge et qu’il a été imposé par le ministère, c’est mélanger griefs personnels et évaluation objective.
La vraie question : compétence et projet
Le débat devrait se concentrer sur un seul critère : qui peut emmener le Cameroun au plus haut niveau ? Peu importe que ce soit un Camerounais, un Européen, un Sud-Américain ou un autre Africain. L’histoire récente du football continental le prouve : Aliou Cissé a offert à son Sénégal une CAN tant attendue, mais Hervé Renard a fait briller le Maroc et la Zambie. Hugo Broos a remporté une CAN surprise avec le Cameroun en 2017, tandis que Claude Le Roy a multiplié les succès sur le continent.
Ce qui compte, c’est la vision tactique, la capacité à gérer un groupe, l’autorité naturelle, la connaissance du football moderne et l’adaptation au contexte local. Un entraîneur camerounais peut posséder toutes ces qualités. Un expatrié aussi. Ou aucun des deux.
Le coût financier, argument fallacieux
L’argument économique brandi par Eto’o mérite également d’être nuancé. Si les montants versés à certains techniciens étrangers sont effectivement exorbitants au regard des résultats obtenus, la solution n’est pas de choisir systématiquement l’option la moins coûteuse. C’est de négocier intelligemment et d’exiger des résultats proportionnels à l’investissement.
Un entraîneur local compétent mérite d’être bien rémunéré. Un technicien étranger de renom aussi, s’il apporte une réelle plus-value. Le problème n’est pas la nationalité du bénéficiaire, mais la gouvernance défaillante qui tolère les gaspillages sans contrepartie sportive.
Sortir de l’impasse
Pour dépasser cette polémique stérile, le football camerounais doit adopter une approche pragmatique fondée sur trois piliers : la transparence dans le recrutement avec des critères objectifs clairement définis, l’accompagnement des talents locaux par la formation continue et l’exposition internationale, et l’évaluation stricte sur résultats sans considération d’origine.
Samuel Eto’o, légende vivante du football camerounais, a l’autorité morale pour porter cette transformation. Mais en ravivant les tensions autour de l’affaire Brys et en transformant le choix d’un sélectionneur en question identitaire, il enferme le débat dans une impasse.
Le Cameroun mérite mieux qu’une guerre de tranchées entre partisans du « local » et défenseurs de « l’expatrié ». Il mérite un projet sportif cohérent, ambitieux et exigeant, porté par le meilleur homme pour le poste. Qu’il soit de Yaoundé, de Bruxelles ou d’ailleurs.


