Depuis 2022, un mot revient sans cesse autour des Lions Indomptables. La reconstruction. Un terme rassurant en apparence, mais qui, à force d’être répété, finit par révéler une réalité bien plus troublante pour le football camerounais.
Depuis l’arrivée de Samuel Eto’o à la tête de la Fecafoot, la sélection nationale donne l’impression de repartir de zéro à chaque rassemblement. Les changements s’enchaînent à tous les niveaux. Les entraîneurs se succèdent, les joueurs aussi, les systèmes évoluent sans cesse. Difficile, dans ces conditions, de bâtir une véritable continuité.
Une ossature qui ne se stabilise jamais
Sur le papier, l’idée d’un noyau dur revient régulièrement dans les discours. Dans les faits, ce socle semble constamment mouvant. À chaque regroupement, de nouveaux visages apparaissent tandis que d’autres disparaissent sans réelle explication. Les cadres ne sont pas toujours présents ou peinent à enchaîner, et les automatismes collectifs restent fragiles.
Cette instabilité contraste fortement avec une époque où l’équipe nationale respirait la cohésion. Entre 2000 et 2005, le onze titulaire des Lions était connu de tous. Les joueurs se comprenaient presque instinctivement, à l’image des connexions entre Pierre Womé et Modeste Mbami, ou encore des duos mythiques comme Rigobert Song et Raymond Kalla en défense, et Patrick Mboma avec Samuel Eto’o en attaque.
Aujourd’hui, le constat est bien différent. Comme le souligne l’analyse de Shance Lion, “un jour on teste Kofane-Karl Etta, un autre jour Magri-Nomasso, puis un autre match on met tout ce monde au banc, on te ramène d’autres mecs… Les gars font de la plus grande nation de football de l’histoire du football africain ce qu’on appelait à New Bell à l’époque le TABA TABA…”
Des résultats qui reflètent le flou
Sur le terrain, cette instabilité se ressent immédiatement. Les performances des Lions oscillent sans logique claire. Une prestation encourageante peut être suivie d’un match inquiétant quelques jours plus tard. L’équipe peine à maintenir un niveau constant et se complique souvent la tâche face à des adversaires pourtant à sa portée.
Le contraste est frappant. En février 2022, le Cameroun figurait encore parmi les meilleures nations africaines. Aujourd’hui, même une courte défaite 0-1 en match amical face à l’Australie est perçue comme un résultat encourageant.
Jusqu’où ira cette reconstruction
La reconstruction est censée être une phase transitoire. Mais lorsqu’elle s’installe dans la durée, elle soulève forcément des questions. Existe-t-il une vision claire à long terme. Qui pilote réellement le projet sportif. Et surtout, à quel moment parlera-t-on enfin de stabilité et de performance.
Le constat dressé est sans appel. Le Cameroun ne manque pas de talent. Il manque de continuité. Et comme le résume parfaitement l’analyse, “à force de reconstruire sans jamais finir, on finit par ne jamais vraiment exister.”
En toile de fond, certains estiment que la seule reconstruction réellement aboutie concerne les aspects extra-sportifs. Une santé financière retrouvée, une expansion immobilière visible et une consolidation du pouvoir en interne.
Reste à savoir si, sur le terrain, les Lions Indomptables retrouveront un jour leur rugissement d’antan.

