Pour le Cameroun, quart de finaliste valeureux de la coupe du monde 1990, l’expédition américaine aura été un véritable naufrage.
Au terme d’une aventure décevante, les Lions Indomptables, en panne d’imagination n’offrent en trois matchs qu’une prestation terne et sans panache qui restera dans les annales comme un modèle de gâchis. En effet, la préparation n’a été qu’un chemin de croix qui révèle au grand jour de profondes difficultés d’encadrement, d’intendance et des intrigues à n’en plus finir.
En deux mois, l’équipe du Cameroun n’a presque jamais eu le temps de se concentrer sur son vrai sujet, le football. À tel point que, quelques jours avant le début de la compétition, les Lions brandissent la menace d’une défection pour toucher enfin une partie de leurs primes.
Ce n’est qu’en 1997, soit 3 ans après la fin de la coupe du monde que la FECAFOOT dévoile le scandale de la gestion financière de la campagne américaine. Tout est parti d’une injonction de la FIFA demandant à la FECAFOOT de payer 21 millions de FCFA à la Fédération française de football au titre des arriérés dus pour la location de Clairefontaine, et d’autre part de désintéresser Henri Michel. Dans une interview accordée au quotidien français Libération, Henri Michel estime que le Cameroun lui doit encore 40 millions.
De même, un état financier dressé par Jules Nyongha pour la période relative à la préparation et à la participation à la Coupe du monde est déposé au ministère de la Jeunesse et des Sports. La Fecafoot doit aux joueurs une somme totale de 167 596 491 francs, et 18 650 000 francs aux encadreurs. Personne n’e comprend comment il est possible que les dettes que l’on disait payées à l’époque, soient, 3 ans après, toujours dues.
Comment, 3 ans après, Henri Michel peut-il déclarer avoir sorti l’argent de ses poches pour équiper les Lions alors que les équipements arborés étaient offerts par MITRE ? Comment les joueurs peuvent-ils, preuve à l’appui, revendiquer le paiement de leurs arriérés alors qu’en 1994, les autorités affirmaient les avoir désintéressés ?
Comment Pascal Owona, président de la FÉCAFOOT a-t-il géré les 106 millions reçus de la FIFA pour la préparation ? Comment Henri Michel, Alain Noah et Nestor Andzé ont-ils géré les retombées des 6 matchs amicaux livrés lors de la tournée euroasiatique ?
Comment les 100 millions virés du compte du « Coup de cœur » le 30 mai 1994 ont-ils été gérés ? Le gouvernement avait dit avoir débloqué 668 millions de francs, soit 318 millions transportés par Bernard Massoua II, 100 millions par virement à Oxnard, et 250 millions par le Ministre Augustin Kontchou. Qu’en avait-on fait pour qu’en 1997, les joueurs en soient encore à réclamer leurs arriérés ? Qu’avait-on fait du reliquat de 160 millions ? De même que les 53 millions restés au Crédit Agricole ? Mystère !
La FECAFOOT de Maha Daher avait aussi reçu de la FIFA 856 millions de FCFA. Comment cet argent a-t-il été géré ? Quelle gestion a été faite des billets d’une valeur de 270 millions envoyés par la FIFA ? On n’aura jamais aucune réponse à toutes ces interrogations.
Plusieurs semaines après la fin de la coupe du monde, le sinistre Zéro Mort qui se disait très bon joueur, et qui ne pouvait pas manquer d’équipe déclarera en direct à la CRTV que la mallette contenant encore l’argent du Coup de cœur se trouvait encore dans l’avion, entre Paris et Washington.
L’avion en question n’est jamais arrivé. Le milliard cotisé par le peuple camerounais, parti en fumée. Depuis son grave accident sur les autoroutes qu’il construit avec son patron depuis 43 ans, il n’a plus jamais trouvé d’équipe. Lors de la dernière élection présidentielle, on est allé le sortir sur sa chaise roulante pour venir insulter Maurice Kamto.
Comme quoi, quand on a gouté au miel, non n’oublie jamais son goût. Ailleurs, on aurait cherché à établir les différentes responsabilités afin que cela ne se répète plus jamais. Mais le Cameroun, comme l’avait dit l’autre, c’est le Cameroun !
Dr Claude KANA
Historien du football


